• Jérôme

Nos amygdales prennent cher …

Il y a bien sûr les amygdales, situées dans la bouche et la gorge, qui interviennent dans le système de défense de l'organisme contre les agents infectieux.


Mais je parle des amygdales de notre cerveau, deux zones qui font partie de notre système limbique (« cerveau émotionnel » si l’on veut) et dont l’une des fonctions est de réactiver nos instincts de survie.


Les amygdales agissent comme une sorte de décodeur émotionnel des situations que nous vivons (les stimuli). Elle est proche physiologiquement à l’hippocampe (le siège de la mémoire) et les deux activent nos systèmes nerveux autonomes (SNA) pour nous faire agir et réagir.


Système nerveux sympathique : activé, il régule les actions et réactions inconscientes du corps telles que l’accélération de la respiration, du rythme cardiaque, la transpiration, la dilatation des pupilles, la déglutition etc … Sa fonction principale est de stimuler les réactions de survie face à l’imminence d’un danger réel ou perçu.

Système nerveux parasympathique : il complète le système nerveux sympathique dans le sens où il accomplit les fonctions opposées. Son rôle est de conserver l’énergie, de détendre le corps, et de ralentir les fonctions du système nerveux sympathique qui consomme beaucoup d’énergie. Le système parasympathique nous protège dans notre environnement intérieur.


Ces deux systèmes transmettent en continu les communications entre le coeur et le cerveau pour assurer entre ces deux organes, le plus souvent possible, un état d’homéostasie (équilibre relatif de tous les systèmes) à l’intérieur du corps.


Voyons quelques exemples pour illustrer ce fonctionnement :


1 - Je suis seul chez moi, je lis dans mon fauteuil, une porte claque.

—> le stimulus (porte qui claque) est décodé par les amygdales qui vérifient avec l’hippocampe si j’ai, dans mon expérience de vie, une réponse comportementale adaptée au stimulus. La réponse est oui.


Mon SNA a tout de même généré deux émotions : la peur et la surprise qui se manifestent par le sursaut, suivi d’une immobilisation rapide et la perte d’attention à la tâche (la lecture) pour permettre aux sens d’analyser la situation, par l’accélération brève du rythme cardiaque.


Mais comme la situation est (re)connue, le SNA rétabli quasi immédiatement les fonctions d’équilibre et les émotions perdent rapidement leur intensité.


2 - Je suis seul dans une maison que je ne connais pas, je lis dans mon fauteuil, j’entends des bruits.

—> le stimulus (des bruits) a du mal à être décodé par les amygdales qui vérifient avec l’hippocampe si j’ai, dans mon expérience de vie, une réponse comportementale adaptée à ce stimulus. La réponse est non : je n’identifie pas les bruits.

Mon SNA génère les deux mêmes émotions : la peur et la surprise qui se manifestent cette fois par une immobilisation plus longue et la perte d’attention à la tâche (la lecture) pour permettre aux sens (en particulier l’ouïe) d’analyser la situation (de quel bruit s’agit-il ?), par l’accélération du rythme cardiaque, contraction des muscles (s’il y a un intrus, je vais devoir me battre ou me défendre), libération de l’adrénaline, irrigation des membres inférieurs (si je suis en danger, je vais devoir fuir).


La situation est inconnue, le SNA nous met plus directement en condition pour soit fuir, soit pour nous battre (qui sont les 2 fonctions primaires de la peur).


Mais dans cette situation, mon catalogue d’expériences et les autres zones de mon cerveau vont malgré tout rapidement m’aider à trouver des réponses comportementales adaptées : je dois trouver de quoi attaquer ou me défendre, je repère la fenêtre devant moi par laquelle je pourrais fuir, j’affronte ma peur et je m’approche de la source du bruit pour l'identifier, j’utilise ma rationalité pour me rassurer (je sais que je suis seul, la porte et les fenêtres sont fermées, ce n’est pas anormal d’être surpris par des bruits dans un lieu non familier …).


En fonction de mes choix d’actions et de réactions, je vais pouvoir constater que les bruits qui m’ont fait peur n’étaient rien, mon SNA parasympathique me ramène dans un état d’homéostasie et je reprends ma lecture.


3 - En l’espace de 10 jours, un virus mortel se propage sur la planète entière, fait des milliers de morts, met en péril l’économie mondiale et me contraint au confinement pour une durée incertaine.

—> le stimulus (un virus potentiellement mortel menace ma vie, l’économie et me contraint au confinement) est bien décodé par les amygdales qui vérifient avec l’hippocampe si j’ai, dans mon expérience de vie, une réponse comportementale adaptée au stimulus. La réponse est non.


Mon SNA va là encore générer les deux mêmes émotions, la peur et la surprise.

Dans cette situation, ni mes capacités cognitives, ni mon catalogue d’expériences, ni celui d’autres personnes autour de moi n’ont de réponses comportementales adaptées puisque personne n’a jamais vécu ce stimulus. Je ne vais donc pas pouvoir revenir rapidement dans l’état d’homéostasie favorable à mon équilibre.


De plus, aucun des comportements habituellement associés à la peur et la surprise ne m’aident : je ne peux plus fuir (confinement), je ne peux pas me battre ni attaquer (la menace est invisible, il n’y a pas de médicaments), je ne réussis plus à être rationnel (stock de nourriture, de papier toilette …), il n’y a pas beaucoup de source de réassurance (les médecins, les épidémiologistes, l’Etat, ne savent pas comment répondre).


Le réflexe est d’essayer de trouver des réponses (infos en continu, recherches sur internet …) pour contacter un semblant de sentiment de contrôle (si je ne peux rien faire, au moins je peux comprendre ce qui se passe) qui en réalité augmente le sentiment d’impuissance et fait monter d’un cran les émotions initialement à l’oeuvre : la peur devient panique, la surprise devient sidération.


Voilà pourquoi en ce moment, nos amygdales prennent cher ! Alors comment prendre soin de soi (et d’elles !) ?


En acceptant d’avoir peur et en reconnaissant son impuissance face à une situation inédite qui ne dépend pas de nous. L’avantage du lâcher prise c’est qu’il nous remet dans un flux de vie tandis que le contrôle nous immobilise toujours plus.


- J’observe donc les battements de mon coeur lorsqu’ils s’accélèrent et je reconnais le signal de la peur qui me conseille peut-être de couper la télé ou de quitter la page web que je lis.

- Je ressens à ma respiration courte qu’il est temps d’arrêter de parler de l’épidémie à tout va et de revenir à des sujets plus légers, plus ancrés dans le présent.

- Lorsque les chiffres ou les images que je vois me font me sentir vulnérable, je me reconnais fasciné par ce phénomène tellement plus grand que moi pour sortir de la sidération et passer en mode curieux (ça n’est pas une période agréable, mais j’ai la chance de vivre quelque chose d’unique qui sera riche d’enseignements).

- Quand mon cerveau tourne en boucle, je m’accueille à ce moment où mon mental est en quête de sens : c’est tout à fait légitime et signe que je fonctionne normalement.


Pour retrouver un état d’équilibre intérieur, j’ai tout à gagner à partager mes états d’âme :


  • pour me sentir moins seul.e (il y a de grandes chances que d’autres soient dans le même état que moi),

  • pour être rassuré.e (peut-être vis à vis de la situation, mais sinon de la légitimité de mon état intérieur)

  • pour que les pensées quittent le mental (au moins temporairement - et écrire ce que l’on pense ou ressent est aussi très aidant)

  • pour créer des souvenirs ou des expériences avec d’autres personnes (et donc permettre à l’hippocampe d’enregistrer ces expériences de vie positives pour une prochaine confrontation à la panique ou la sidération)

  • pour revenir dans l’instant présent (car en verbalisant, je suis dans l’ici et maintenant)


Alors prenez soin de vos amygdales car celles-ci, on ne peut pas se les faire enlever !

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